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L’histoire contemporaine du Venezuela. La dépression, le chaos social et le désespoir.

L’histoire contemporaine du Venezuela. La dépression, le chaos social et le désespoir.
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Une population qui ne mange plus à sa faim, des hôpitaux remplis d’enfants souffrant de malnutrition, un salaire minimum tombé en dessous de 6 dollars au taux du marché noir – le seul endroit où les denrées de base peuvent encore être achetées -, une dette extérieure égale à cinq années d’exportations – plus que le Soudan ou l’Ethiopie -, plus de 100 000 personnes qui tentent chaque mois par tous les moyens de passer la frontière : comment une nation de 31 millions de personnes, dotée d’un sixième des réserves prouvées de pétrole à l’échelle de la planète, peut-elle s’enfoncer aussi inexorablement dans la dépression, le chaos social et le désespoir ?

L’histoire contemporaine du Venezuela est-elle l’histoire édifiante d’une nation sacrifiée sur l’autel d’une idéologie périmée ou tout simplement l’histoire criminelle d’une clique prête à tout pour conserver le pouvoir et ses privilèges ? Ou bien des deux à la fois ? Pour les adeptes des corrélations faciles, la réponse tient dans la coïncidence surprenante d’une courbe politique, celle de l’accès au pouvoir d’Hugo Chávez en décembre 1998 et de la montée en puissance de son régime jusqu’à son décès en mars 2013, et d’une courbe économique, celle du cours de l’or noir. N’est-ce pas en effet de l’effondrement du prix du baril en 2014 que date la descente aux enfers de l’économie vénézuélienne ? N’est-ce pas de l’investiture entachée d’irrégularités de Nicolás Maduro en 2013, un ex-vice-président dépourvu du charisme et de l’autorité naturelle de son prédécesseur, que date la décomposition politique du pays ?

L’investissement industriel s’est effondré

En apparence, tout semble désigner les années charnières 2013-2014 comme le point de basculement de l’économie vénézuélienne dans la récession, puis la dépression (voir tableau). Pourtant, la désindustrialisation et la régression dans une économie de rente* de plus en plus dysfonctionnelle sont visibles dès les années 2000. La base industrielle du pays, qui se remettait difficilement de la décennie perdue des années 1980 et des plans d’austérité des années 1990, n’a pas survécu aux nationalisations massives mises en oeuvre dans le cadre du « socialisme du XXIe siècle ». Tandis que les entrepreneurs, les cadres et les capitaux fuyaient le pays, l’investissement industriel s’est effondré. Les produits non pétroliers, qui représentaient un tiers des recettes d’exportations dans les années 1990, ont disparu du paysage économique.

Pire, la richesse pétrolière du pays n’a été ni développée ni entretenue, avec une production en baisse de 22 % en volume entre 1998 et 2013, des infrastructures vieillissantes et un effort d’exploration insuffisant pour empêcher le déclin de l’extraction. La manne pétrolière aidant, les importations progressaient certes de 170 % en volume, mais dans le même temps, les exportations chutaient de près de 40 %, toujours en volume. Malgré l’ampleur de la rente énergétique et sa redistribution partielle vers les services sociaux, le produit intérieur brut (PIB) par habitant n’a progressé que de 0,9 % en moyenne annuelle au cours des quinze années de la période chaviste. Contre 2,4 % en Colombie, 3 % au Chili et 3,7 % au Pérou.

Faim et pillages

Pour drastique qu’elle soit, la chute du prix du brut en 2014 ne peut expliquer à elle seule l’ampleur de la débâcle économique qui l’a suivie. Le PIB s’est effondré de 44 % en cinq ans (à titre de comparaison, le PIB grec s’est contracté de 26 % entre 2008 et 2013). Le déficit budgétaire atteint 18 % du PIB. Et l’inflation devrait dépasser la barre des 10 000 % en 2018, selon le Fonds monétaire international (FMI).

Deux points sont ici essentiels. Dans une économie dépourvue d’industrie manufacturière et d’agriculture, la pénurie soudaine de devises, comme le dollar, n’est pas seulement synonyme de pression à la baisse du taux de change, un mécanisme qui permet normalement, à travers la dévaluation, à la production locale de rebondir. Elle signifie que le flux de produits importés, qui satisfaisait la demande de consommation des ménages, est tari (voir tableau). Autrement dit que les magasins sont vides et que la faim rode, provoquant la multiplication des scènes de pillages et le déchaînement inéluctable de la violence. Sans parler de la désorganisation des services publics de base, synonyme de coupures chroniques d’eau et d’électricité.

Le fait que le gouvernement, pour tenter de limiter la casse sociale, ait différé cinq ans durant la dévaluation du bolivar (finalement dévalué de 99,6 % en février 2018) n’a contribué qu’à exacerber la spéculation et le désarroi de la population, obligée de se procurer au marché noir, à des prix exorbitants, les produits les plus élémentaires à sa survie quotidienne.

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